Avant d'être des symboles divinatoires, les runes étaient tout simplement une écriture. Pendant des siècles, les peuples germaniques et scandinaves les ont gravées sur la pierre, le bois, le métal ou l'os, pour signer un objet, honorer un mort ou raconter une histoire.
Voici l'essentiel à savoir sur l'alphabet runique : ses 24 signes, leur signification, leur histoire, et la façon d'écrire votre prénom en runes.

Qu'est-ce que l'alphabet runique ?
L'alphabet runique est un système d'écriture utilisé par les peuples germaniques à partir des premiers siècles de notre ère. Ses lettres s'appellent des runes, et chacune note un son, comme nos lettres latines.
Le mot « rune » viendrait d'une racine germanique signifiant « secret » ou « mystère ». Les runes avaient donc une double nature : servir à écrire, mais aussi porter une part de magie et de sacré.
Leurs formes sont faites de traits droits, presque sans courbes. C'est logique : elles étaient taillées au couteau dans le bois, où une ligne courbe suit mal le fil.
Pourquoi parle-t-on de Futhark ?
On ne dit pas « alphabet » mais Futhark, du nom des six premières runes : F, U, Th, A, R et K. C'est exactement comme notre mot « alphabet », formé à partir d'alpha et bêta, les deux premières lettres grecques.
Il existe en réalité plusieurs Futhark, qui se sont succédé au fil des siècles :
- Le Futhark ancien, ou vieux Futhark : 24 runes, utilisé environ du IIe au VIIIe siècle. C'est celui des tirages divinatoires modernes.
- Le Futhark récent : 16 runes seulement, utilisé en Scandinavie à l'époque viking, à partir du VIIIe siècle environ.
- Le Futhorc anglo-saxon : jusqu'à une trentaine de runes, adapté aux sons du vieil anglais.
Quelles sont les 24 runes du Futhark ancien ?
Les 24 runes du Futhark ancien sont réparties en trois groupes de huit, appelés ættir (au singulier, ætt). La tradition moderne les associe à trois divinités nordiques : Freyr, Heimdall et Týr.
La première ætt, celle de Freyr
- ᚠ Fehu (F) : le bétail, la richesse.
- ᚢ Uruz (U) : l'aurochs, la force brute.
- ᚦ Thurisaz (Th) : le géant, l'épine, la défense.
- ᚨ Ansuz (A) : le dieu, la parole, l'inspiration.
- ᚱ Raidho (R) : le voyage, le chemin.
- ᚲ Kenaz (K) : la torche, la connaissance.
- ᚷ Gebo (G) : le don, l'échange.
- ᚹ Wunjo (W) : la joie, l'harmonie.
La deuxième ætt, celle de Heimdall
- ᚺ Hagalaz (H) : la grêle, la perturbation.
- ᚾ Naudhiz (N) : le besoin, la contrainte.
- ᛁ Isa (I) : la glace, l'immobilité.
- ᛃ Jera (J) : l'année, la récolte.
- ᛇ Eihwaz (Ei) : l'if, l'endurance.
- ᛈ Perthro (P) : le mystère, le hasard.
- ᛉ Algiz (Z) : l'élan, la protection.
- ᛊ Sowilo (S) : le soleil, la réussite.
La troisième ætt, celle de Týr
- ᛏ Tiwaz (T) : le dieu Týr, la justice.
- ᛒ Berkano (B) : le bouleau, la naissance.
- ᛖ Ehwaz (E) : le cheval, le mouvement.
- ᛗ Mannaz (M) : l'être humain.
- ᛚ Laguz (L) : l'eau, l'intuition.
- ᛜ Ingwaz (Ng) : la fertilité, l'accomplissement.
- ᛞ Dagaz (D) : le jour, l'éveil.
- ᛟ Othala (O) : l'héritage, la maison.
Les noms des runes sont des reconstructions savantes, car aucun texte ancien ne donne la liste complète en vieux germanique. Les sens divinatoires, eux, sont pour l'essentiel une tradition moderne. Vous trouverez le détail de chaque rune, à l'endroit et inversée, dans cette page sur la signification des runes.
D'où viennent les runes ?
L'origine exacte des runes reste discutée. La plupart des spécialistes pensent qu'elles dérivent d'un alphabet de la Méditerranée, probablement une écriture italique du nord ou l'alphabet latin, adaptée par des peuples germaniques en contact avec le monde romain.
Parmi les plus anciennes inscriptions connues figure un peigne en os découvert à Vimose, au Danemark, daté du IIe siècle. Il porte un seul mot, harja, peut-être un nom de personne.
Où peut-on voir des runes aujourd'hui ?
Des milliers d'inscriptions runiques ont survécu, en grande majorité en Suède. Quelques pierres sont devenues de véritables monuments :
- La pierre de Rök, en Suède, gravée au IXe siècle, porte la plus longue inscription runique connue. Son texte énigmatique divise encore les chercheurs.
- Les pierres de Jelling, au Danemark, datent du Xe siècle. La plus grande a été érigée par le roi Harald à la Dent bleue, et on la surnomme parfois « l'acte de baptême du Danemark ».
Les pierres de Jelling sont inscrites au patrimoine mondial de l'Unesco. Un clin d'œil amusant : la technologie Bluetooth tient son nom de ce même roi, et son logo combine deux runes, ses initiales H et B.
Comment écrire son prénom en runes ?
C'est l'une des questions les plus posées. Le principe est simple : les runes notent des sons, pas l'orthographe. On écrit donc son prénom tel qu'on le prononce, une rune par son.
Quelques équivalences utiles, car certaines lettres françaises n'ont pas de rune propre :
- C se note ᚲ (K) quand il sonne dur, ou ᛊ (S) quand il sonne doux.
- Q se note ᚲ (K).
- V se note ᚹ (W) ou ᚠ (F), selon les transcriptions.
- X se note ᚲᛊ (KS).
- Y se note ᛁ (I) ou ᛃ (J).
- Les lettres muettes disparaissent : le H de « Thomas », par exemple.
Quelques exemples avec le Futhark ancien :
- Julie : ᛃᚢᛚᛁ (J, U, L, I). Le E final est muet, on peut l'omettre ou l'ajouter (ᛖ).
- Thomas : ᛏᛟᛗᚨ (T, O, M, A). Le S final ne se prononce pas.
- Léa : ᛚᛖᚨ (L, E, A).
- Marc : ᛗᚨᚱᚲ (M, A, R, K).
Et le sens d'écriture ? Les plus anciennes inscriptions se lisent parfois de droite à gauche, ou alternent d'une ligne à l'autre. Pour un prénom, le plus simple reste d'écrire de gauche à droite, comme en français.
Il n'existe pas une seule bonne transcription : les graveurs anciens eux-mêmes variaient. Si vous voulez graver votre prénom sur un bijou, choisissez une version et gardez-la.

Les runes servaient-elles vraiment à la divination ?
C'est moins sûr qu'on ne le croit. L'historien romain Tacite, à la fin du Ier siècle, décrit des Germains qui tirent au sort des baguettes marquées de signes, jetées sur un tissu blanc. Mais il ne dit pas que ces signes étaient des runes.
Dans la mythologie nordique, le poème Hávamál raconte qu'Odin resta pendu neuf nuits à un arbre battu par les vents, avant de saisir les runes. Le récit fait des runes un savoir sacré, conquis par le sacrifice.
La divination par les runes telle qu'on la pratique aujourd'hui doit beaucoup au XXe siècle, et notamment au livre The Book of Runes de l'Américain Ralph Blum, paru en 1982, qui a popularisé le tirage auprès du grand public.
Comment tirer les runes aujourd'hui ?
Le principe ressemble à celui du tarot. On pose une question, on mélange les runes dans un sac, puis on en tire une ou plusieurs :
- Une rune pour un conseil du jour ou une réponse rapide.
- Trois runes pour lire le passé, le présent et l'avenir d'une situation.
- Cinq runes en croix pour une lecture plus détaillée.
Qu'est-ce qu'une rune inversée ?
Quand une rune sort la tête en bas, on dit qu'elle est inversée (ou « merkstave »). Dans les tirages modernes, son sens s'atténue ou se retourne : Fehu inversée évoque une perte plutôt qu'un gain, par exemple.
Attention, neuf runes ont une forme symétrique et ne peuvent pas s'inverser : Gebo, Hagalaz, Naudhiz, Isa, Jera, Eihwaz, Sowilo, Ingwaz et Dagaz. Leur sens reste le même, quel que soit le côté.
Et la rune blanche ?
Certains jeux vendus dans le commerce contiennent une 25e pierre, vierge de tout signe. Cette rune blanche, dite rune d'Odin, a été introduite par Ralph Blum et symbolise l'inconnu, ce qui n'est pas encore écrit.
Elle n'a aucun fondement historique, et de nombreux pratiquants préfèrent s'en passer. À vous de voir si elle vous parle.
Vous n'avez pas de jeu de runes ? Vous pouvez faire un tirage des runes gratuit en ligne, avec l'interprétation de chaque rune tirée. Et si votre question appelle simplement un oui ou un non, la boule de cristal oui non vous répondra en un instant.
Dans tous les cas, gardez en tête que le tirage est un jeu et un moment de réflexion, pas une prédiction.
Questions fréquentes sur l'alphabet runique
Combien y a-t-il de runes ?
Le Futhark ancien en compte 24, le Futhark récent 16, et le Futhorc anglo-saxon jusqu'à une trentaine. Les jeux divinatoires modernes utilisent les 24 runes du Futhark ancien, parfois avec une rune blanche en plus.
Les Vikings utilisaient-ils le Futhark ancien ?
Non. À l'époque viking, les Scandinaves écrivaient avec le Futhark récent, à 16 runes. Le Futhark ancien était déjà abandonné depuis plusieurs générations.
Quelle est la rune de la protection ?
Dans la tradition moderne, c'est Algiz (ᛉ), dont la forme évoque des bois d'élan ou une main levée. Ce sens est une interprétation récente, pas une certitude historique.
Les runes sont-elles encore utilisées ?
Plus comme écriture courante, mais elles restent présentes dans la décoration, les bijoux, les tatouages et la divination. En Suède, un usage local a même perduré jusqu'à l'époque moderne dans certaines régions.
Peut-on se faire tatouer des runes ?
Bien sûr, c'est même très courant. Vérifiez simplement la transcription avant de passer chez le tatoueur, car une rune inversée ou mal choisie change le sens. Évitez aussi certains symboles détournés au XXe siècle par des mouvements extrémistes, comme la double rune Sowilo des SS.



